POINT DE VUE

Analyse de portefeuille : l’art du tri et de l’évaluation
> lire la suite

ÉVÉNEMENTS

Avenium au Bourget, aux côtés d'EADS
> lire la suite

Analyse de portefeuille : l’art du tri et de l’évaluation

29/06/2009

Date de publication : 15/01/2008

 Paru dans Objectif Valo n°16, janvier 2008
 Passage obligé de toute démarche de valorisation, l’analyse d’un portefeuille de brevets se heurte à de nombreux obstacles : le volume d’informations à traiter, l’hétérogénéité des données, l’imbrication des critères technologiques, juridiques, marchés… CEA Valorisation a développé une méthodologie innovante, déjà éprouvée sur des portefeuilles de plus de 2000 brevets.

Les brevets que dépose une entreprise sont un peu comme les objets qu’on range dans un grenier, année après année. On les accumule sans trop y réfléchir, jusqu’au jour où la nécessité d’un « grand ménage » s’impose. Il faut alors définir des règles du jeu car le contenu du grenier a de la valeur : que va-t-on vendre, conserver, donner ? Sur quels critères ? Avec quelles priorités ?

Mille brevets, c’est 25 000 à 75 000 pages à décrypter
« Nous travaillons dans une logique un peu semblable, explique Guillaume Ferré, de CEA Valorisation. Les brevets sont déposés l’un après l’autre, avec une cohérence du moment qui peut fortement évoluer; nos analyses portent à l’inverse sur un ensemble de brevets organisé et servent une finalité précise : l’entreprise veut valoriser, nettoyer, agir en contrefaçon… »
Ainsi, un « grand ménage » s’impose. Rappelons qu’un portefeuille de 1000 brevets peut représenter l’équivalent de 25 000 à 75 000 pages de texte, et être rangé sous des formats divers (bases de données, tableurs, papier…) et dans plusieurs lieux ! « Notre mission commence toujours par la mise en place d’une base unique et homogène, qui permet ensuite l’automatisation de certains traitements », note d’ailleurs Savine Ducom, de CEA Valorisation. Tâche plus lourde que complexe, mais indispensable à la suite des opérations.
Première étape : segmenter l’ensemble du portefeuille en sous-ensembles ou « clusters », afin de prendre du recul et de proposer une grille de lecture. Un ensemble de 500 ou 1000 brevets est indéchiffrable. Alors que le même ensemble répartis en clusters de 20 ou 30, par technologies ou par domaines d’application, devient lisible et compréhensible.
Certaines entreprises n’ont jamais mené ce travail. D’autres l’ont fait, mais leur classement ne correspond souvent plus aux enjeux du moment. « Prenons l’exemple d’un constructeur de machines-outils qui aurait segmenté son portefeuille avec une logique métier : les moteurs, les organes d’entraînement, les outils de coupe, etc, illustre Guillaume Ferré. S’il veut faire de la valorisation dans d’autres secteurs, il faut tout reprendre avec une logique par technologies. »

La segmentation en clusters, une nouvelle vision du portefeuille
Le contraste entre les deux approches peut être saisissant. Ainsi, ce grand industriel qui avait tout structuré dans une logique métier a réalisé qu’il détenait plusieurs centaines de brevets en matériaux et en connectique « Pour le responsable brevets, c’était la confirmation de ce qu’il pressentait, précise Savine Ducom. En revanche, la direction n’avait pas mesuré l’importance des savoir-faire développés en interne dans ces domaines. »
La segmentation par clusters est également très parlante quand des organismes envisagent un partenariat ou une alliance. CEA Valorisation mène par exemple une mission pour la structure qui coordonne toute la recherche publique d’une grande agglomération : « elle aura ainsi une vision globale des technologies disponibles, des secteurs où porter les efforts, des complémentarités possibles avec les industriels locaux ». Cette démarche permettra ainsi d’étayer des demandes de financement.
Sur le plan pratique, l’analyse ne porte pas sur le texte intégral des brevets mais sur l’extraction de ses éléments essentiels : titre, résumé, avantages, domaines applicatifs, revendications principales...
L’ensemble représente seulement une à deux pages par brevet. Il est soumis à des outils logiciels d’analyse sémantique et statistique, pour détecter les mots-clés et mesurer leur fréquence d’occurrence. « Il ne s’agit pas d’une démarche presse-bouton, insiste Savine Ducom. On ne trouve que ce qu’on cherche, et c’est à nous de définir ces mots-clés en fonction du métier de l’entreprise et des objectifs de valorisation. » Autrement dit, l’expert est plus important que l’outil pour guider le tri et à son terme, constituer des clusters pertinents.

« On n’évalue pas des brevets dans l’absolu mais dans le contexte d’un marché, d’un industriel, d’une technologie »
La segmentation par clusters structure le paysage,  comme si le bric-à-brac entassé dans le grenier était maintenant trié par catégories dans de grandes malles. L’étape suivante, l’évaluation, consiste à rouvrir chaque malle pour en évaluer le contenu : ce cluster présente-t-il un bon potentiel de valorisation ? Et celui-ci ? Comment les hiérarchiser pour identifier ceux qui méritent d’être valorisés ?
L’exercice est délicat. D’abord, parce qu’il s’agit de croiser des critères juridiques (qualité de la propriété industrielle) et technologiques (activités de recherche sur le sujet, solutions concurrentes…). Ensuite, parce qu’aucun de ces critères ne s’exprime par une note comprise entre 0 et 20. Enfin, ils interagissent entre eux : un brevet auquel on a opposé cinq documents pertinents est-il très faible (beaucoup de concurrence) ou très fort (il a finalement été accepté) ? Il faut se pencher sur les technologies en présence pour le savoir…
« Il n’y a pas d’évaluation dans l’absolu. Seulement dans le contexte d’un marché, d’un industriel, d’une technologie et d’un objectif de valorisation » souligne Guillaume Ferré.
A ce stade, CEA Valorisation utilise deux approches : un algorithme innovant développé en interne pour l’appréciation de la propriété industrielle, et les points de vue d’experts pour l’évaluation des technologies et des applications concernées.
L’algorithme, là encore, ne peut s’appliquer brutalement ; c’est un outil qu’il s’agit de paramétrer finement, au cas par cas. Après analyse, il délivre des notations chiffrées sur la qualité de la PI ; celles-ci peuvent alors être modulées par les avis d’experts. Ce sont eux, en particulier, qui catégorisent les technologies : technologies de rupture, de base, d’amélioration…
L’analyse arrive alors à son terme. L’entreprise dispose d’une vue complète et approfondie sur son capital brevets : « cartographie » par clusters, potentiel de valorisation de chaque cluster, brevets les plus prometteurs …. Le plus curieux, c’est que certaines entreprises ont cette vision pour le portefeuille de leurs concurrents ; en revanche, elles connaissent mal le leur ! Après une telle démarche, dont la réalisation s’étale sur quelques mois, l’équilibre est heureusement rétabli.
Les entreprises avisées veilleront par ailleurs à renouveler régulièrement cette démarche d’analyse, pour éviter que leur « grenier » ne se remplisse de trop de brevets disparates. Grâce à l’analyse de portefeuille, elles sont armées pour engager une démarche de valorisation ciblée, axée sur leurs brevets et leurs clusters les plus prometteurs ; elles peuvent en attendre un retour sur investissement optimal.

    Analyse de portefeuille : l’art du tri et de l’évaluation
    > télécharger le document

Haut de page